09.11.2008
Des choses que j'attends avec impatience

J'attendais avec impatience de pouvoir voir la nouvelle adaptation de Little Dorrit qu'a produit la BBC, avec pour scénariste Andrew Davies et un casting quatre étoiles de comédiens plus connus les uns que les autres. Malheureusement, après quatre épisodes, je dois me rendre à l'évidence : Little Dorrit n'est pas Bleak House, même si tout depuis le générique jusqu'à la photographie y ressemble grandement. Heureusement, tout n'est pas perdu puisqu'il me reste encore dix épisodes à suivre. Comment se consoler d'une déception télévisuelle ? En en attendant d'autres avec encore plus d'impatience, pardi.
Sarah Waters, l'un de mes écrivains fétiches (à laquelle j'ai consacré un billet sur ce blog), va publier son nouveau roman le 4 juin prochain : le titre est The Little Stranger et le résumé est intrigant :
In a dusty post-war summer in rural Warwickshire, a doctor is called to a patient at Hundreds Hall. Home to the Ayres family for over two centuries, the Georgian house, once grand and handsome, is now in decline, its masonry crumbling, its gardens choked with weeds, the clock in its stable yard permanently fixed at twenty to nine. But are the Ayreses haunted by something more sinister than a dying way of life? Little does Dr Faraday know how closely, and how terrifyingly, their story is about to become entwined with his. Prepare yourself. From this wonderful writer who continues to astonish us, now comes a chilling ghost story.
Le cinéma a fait de beaux paris ces temps-ci et beaucoup de films ont l'air très alléchant : Brideshead Revisited, adapté de l'un des romans les plus connus d'Evelyn Waugh, sortira en DVD zone 1 le 13 janvier prochain. La perle du casting est bien entendu la géniale Emma Thompson, même si pour ma part je prêterai particulièrement attention à la performance de Felicity Jones (Catherine Morland dans l'adaptation ITV de Northanger Abbey diffusée en 2007) qui joue Cordelia Flyte (qui n'a pas beaucoup de lignes dans le roman et encore moins de répliques à l'écran de ce que j'en ai lu). A ce propos, je conseille ce très bon site qui lui est dédié. Le roman ne m'a pas plu - je suis imperméable à toute forme de discours religieux - mais certaines choses étaient tout de même intéressantes (Waugh a une façon très particulière d'évoquer les années 20). Felicity jouera aussi dans une adaptation du roman de Colette Chéri aux côtés de Michelle Pfeiffer, projet qui m'intrigue grandement je dois dire.

The Duchess va bientôt arriver dans les salles françaises : la bande-annonce ne m'emballait vraiment pas mais j'ai beaucoup aimé Keira Knightley dans le peu que j'ai vu d'elle (Pride and Prejudice et Atonement de Joe Wright). Je viens de recevoir la biographie qu'a écrite Amanda Foreman de Georgiana Spencer et je suis somme toute curieuse de voir ce biopic. Les critiques des téléspectateurs américains sont élogieuses, et la bande originale signée Rachel Portman (qui a également composée celle de l'adaptation d'Emma avec Gwyneth Paltrow et Toni Colette ainsi que celle de Chocolat adapté du roman de Joanne Harris, cf fin de ce billet) n'est pas mal du tout. Il est évident que je me dois de mentionner Revolutionary Road, très attendu aussi bien par le public que par les critiques. Je suivrai attentivement les Oscars et croiserai les doigts pour l'une de mes actrices préférées, Kate Winslet. Le roman de Richard Yates m'a très agréablement surprise, il y a tant de vrai en si peu de pages... Carey Mulligan est une actrice que j'aime énormément et dont je suis la carrière avec beaucoup d'interêt. Elle s'est illustrée en interprétant, entre autres, les rôles de Kitty Bennet, Ada Clare et Isabella Thorpe. C'est en cherchant les projets auquels elle était associée que je suis tombée sur An Education, qui a le mérite d'avoir un scénario original signé Nick Hornby (dont je n'ai rien lu). On y retrouve beaucoup d'autres têtes connues : Emma Thompson de nouveau, mais aussi la géniale Sally Hawkins (Fingersmith, Tipping the Velvet, Persuasion, Vera Drake, plus récemment dans Happy-go-Lucky), Rosamund Pike (Jane Bennet dans l'adaptation de Joe Wright) et Olivia Williams (Jane Austen dans l'excellent Miss Austen Regrets).
A coming-of-age story about a teenage girl in 1960s suburban London, and how her life changes with the arrival of a playboy nearly twice her age.

Saoirse Ronan, dont la performance (qui lui a valu une nomination aux Oscars) sous les traits de Briony Tallis m'a coupé le souffle dans Atonement, interprètera le rôle de Susie Salmon dans l'adaptation très attendue de The Lovely Bones (dont la lecture m'a laissé de très beaux souvenirs). Dorian Gray a pour lui ce qui je pense sera un très beau rôle secondaire, celui de Sybil Vane, interprété par la jeune mais époustoufflante Rachel Hurd-Wood (qui a joué dans le Peter Pan de 2003 et dans Perfume aux côtés de Ben Whishaw qui joue Sebastian dans le Brideshead mentionné plus haut, tout est lié!) qui a été bien entourée puisqu'elle a pu travailler avec Emilia Fox qui a interprété, entre autres, le rôle de Sylvia dans la récente adaptation de Ballet Shoes dont j'ai parlé quelques billets plus bas.
Côté fantasy, Coraline et The Hobbit m'intéressent grandement. Pour moi, 2009 sera d'ailleurs placée sous le signe de la fantasy et de la science-fiction, j'en reparlerai.
Et puisque tout est lié, Emilia Fox qui joue dans Dorian Gray a joué dans Ballet Shoes avec Emma Watson qui elle-même a joué dans Harry Potter and the Prisoner of Azkaban avec Michael Gambon, qui lui-même a joué dans Cranford avec Imelda Staunton qui elle-même a joué dans Fingersmith avec Sally Hawkins qui elle-même joue dans An Education avec Emma Thompson qui elle-même a joué dans Brideshead Revisited avec Ben Whishaw qui lui-même a joué dans Perfume avec Rachel Hurd-Wood qui elle-même joue dans Dorian Gray avec Emilia Fox. Et on retombe sur nos pieds. Qui a dit que tous les britanniques se connaissaient ?
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05.10.2008
"Run mad as often as you chuse, but do not faint"

"It is probable that if Miss Cassandra Austen had had her way we should have had nothing of Jane Austen’s except her novels. To her elder sister alone did she write freely; to her alone she confided her hopes and, if rumour is true, the one great disappointment of her life; but when Miss Cassandra Austen grew old, and the growth of her sister’s fame made her suspect that a time might come when strangers would pry and scholars speculate, she burnt, at great cost to herself, every letter that could gratify their curiosity, and spared only what she judged too trivial to be of interest.
Hence our knowledge of Jane Austen is derived from a little gossip, a few letters, and her books. As for the gossip, gossip which has survived its day is never despicable; with a little rearrangement it suits our purpose admirably. For example, Jane “is not at all pretty and very prim, unlike a girl of twelve . . . Jane is whimsical and affected,” says little Philadelphia Austen of her cousin. Then we have Mrs. Mitford, who knew the Austens as girls and thought Jane “the prettiest, silliest, most affected husband-hunting butterfly she ever remembers “. Next, there is Miss Mitford’s anonymous friend “who visits her now [and] says that she has stiffened into the most perpendicular, precise, taciturn piece of ‘single blessedness’ that ever existed, and that, until Pride and Prejudice showed what a precious gem was hidden in that unbending case, she was no more regarded in society than a poker or firescreen. . . . The case is very different now”, the good lady goes on; “she is still a poker—but a poker of whom everybody is afraid. . . . A wit, a delineator of character, who does not talk is terrific indeed!” On the other side, of course, there are the Austens, a race little given to panegyric of themselves, but nevertheless, they say, her brothers “were very fond and very proud of her. They were attached to her by her talents, her virtues, and her engaging manners, and each loved afterwards to fancy a resemblance in some niece or daughter of his own to the dear sister Jane, whose perfect equal they yet never expected to see.” Charming but perpendicular, loved at home but feared by strangers, biting of tongue but tender of heart—these contrasts are by no means incompatible, and when we turn to the novels we shall find ourselves stumbling there too over the same complexities in the writer.
To begin with, that prim little girl whom Philadelphia found so unlike a child of twelve, whimsical and affected, was soon to be the authoress of an astonishing and unchildish story, Love and Freindship, which, incredible though it appears, was written at the age of fifteen. It was written, apparently, to amuse the schoolroom; one of the stories in the same book is dedicated with mock solemnity to her brother; another is neatly illustrated with water-colour heads by her sister. These are jokes which, one feels, were family property; thrusts of satire, which went home because all little Austens made mock in common of fine ladies who “sighed and fainted on the sofa”.
Brothers and sisters must have laughed when Jane read out loud her last hit at the vices which they all abhorred. “I die a martyr to my grief for the loss of Augustus. One fatal swoon has cost me my life. Beware of Swoons, Dear Laura. . . . Run mad as often as you chuse, but do not faint. . . .” And on she rushed, as fast as she could write and quicker than she could spell, to tell the incredible adventures of Laura and Sophia, of Philander and Gustavus, of the gentleman who drove a coach between Edinburgh and Stirling every other day, of the theft of the fortune that was kept in the table drawer, of the starving mothers and the sons who acted Macbeth. Undoubtedly, the story must have roused the schoolroom to uproarious laughter. And yet, nothing is more obvious than that this girl of fifteen, sitting in her private corner of the common parlour, was writing not to draw a laugh from brother and sisters, and not for home consumption. She was writing for everybody, for nobody, for our age, for her own; in other words, even at that early age Jane Austen was writing. One hears it in the rhythm and shapeliness and severity of the sentences. “She was nothing more than a mere good-tempered, civil, and obliging young woman; as such we could scarcely dislike her—she was only an object of contempt.” Such a sentence is meant to outlast the Christmas holidays. Spirited, easy, full of fun, verging with freedom upon sheer nonsense,—Love and Freindship is all that; but what is this note which never merges in the rest, which sounds distinctly and penetratingly all through the volume? It is the sound of laughter. The girl of fifteen is laughing, in her corner, at the world."
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20.09.2008
"Nobody can say it's because of our grandfathers"

En décembre 2007 fut diffusée une très jolie adaptation de Ballet Shoes (BBC, disponible en zone 2 UK), un livre pour enfants écrit par Noel Streatfeild et publié en 1936. Ce classique de la littérature jeunesse est un bijou qui m'a permis de découvrir une plume incroyable. Avec 23 romans pour enfants à son actif et 16 pour adultes, l'auteur fut très prolifique jusque dans les années 70 mais est aujourd'hui complètement oubliée. Ses histoires sont dénuées de tout sentimentalisme : les personnages de ses livres pour enfants ont un don artistique ou en manquent mais veulent réussir et ont besoin de réussir car il leur faut gagner de l'argent pour aider leurs tuteurs. C'est le cas des soeurs Fossil dans Ballet Shoes, mais aussi de Sorel, Mark et Holly dans Curtain Up, ou encore de Rachel et Hilary dans Wintle's Wonders. Les restrictions budgétaires imposées par la Seconde Guerre mondiale sont décrites au travers de froissements de tutus, d'enfants qui récitent leur texte, d'auditions pour décrocher un rôle et pouvoir s'acheter une robe correcte. C'est peut-être les portraits de famille que Noel Streatfeild brosse qui sont l'aspect le plus intéressant de son oeuvre : sans paraître se rendre compte de cette micro révolution, elle dépeint en 1936 celui d'une famille qui en est une non parce qu'elle est conventionnelle (les soeurs Fossil sont toutes abandonnées par leurs parents mais ne semblent pas affectées), mais parce qu'elle est faite d'affinités et de tendresse mutuelle (une famille n'a rien à voir avec quelques chromosomes en commun). Epatant. Il est intéressant de remarquer que l'adaptation est en ce point très conservatrice : en 2007, il faut encore un mariage final (complètement absent du bouquin) pour reconstituer le schéma familial traditionnel. La minutie de ses descriptions ayant trait au monde du spectacle sont parmi les meilleures, sinon les meilleures que j'ai pu lire. Les personnages des romans de Noel ne sont pas tous attachants : après tout, il s'agit d'enfants. Si leur langage est polissé, ils sont parfois cruels entre eux mais ce qui fait qu'on s'y attache malgré tout c'est la proximité désarmante avec laquelle Noel Streatfeild aborde son sujet. C'est peut-être encore plus vrai dans son roman pour adultes Saplings publié en 1945 et republié chez la délicieuse maison d'édition Persephone (son seul roman pour adultes encore publié aujourd'hui). Noel y décrit le quotidien d'une famille banale : la psychologie des personnages est très fouillée et captivante, autant celle des enfants que celles des adultes. Puis, un jour, le père de famille meurt loin au combat. Mais tout doit continuer, malgré le sentiment d'abandon que tout le monde ressent. Les sentiments de Tony, avant le cataclysme, qui a douze ans lorsqu'il les exprime :
Wars, and all that were attached to them, were passing inconveniences, but they did not change the pulse of his world.

Les adultes sont dépeints avec une telle justesse et le rôle des femmes ne se limite en rien au sourire des affiches encourageant les troupes : elles ont une sexualité, prennent l'initiative, essaient de faire joindre les deux bouts sans se préoccuper d'être assez bien pour d'autres personnages. Une fois encore, il est demandé beaucoup des enfants : chacun a son rôle à tenir, un rôle d'autant plus important que les adultes sont désarçonnés par la guerre et ses privations humaines et matérielles. L'école reprend, et les crises triviales (ne pas avoir le même uniforme que les autres parce que la valise a été faite dans la précipitation) prennent des proportions extrêmes. Le monde de Noel peut être résumé, somme toute, par ces mots de Saplings :
We're at war, and everybody, even children, must do their bit.
Je conseille vivement ce site dédié à l'auteur, ainsi que ce forum qui regorge de discussions de passionnés.
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09.09.2008
"She relished life and language hugely, and revelled in the diverse"

18:19 Publié dans Littérature & Adaptations Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
A Swan in the Evening

"There was sadness in everything - in the room, in the ringing bird-calls from the garden, in the lit, golden lawn beyond the window, with its single miraculous cherry-tree breaking in immaculate blossom and tossing long foamy sprays against the sky. She was sad to the verge of tears, and yet the sorrow was rich, - a suffocating joy."
Quatorze pages plus loin, à propos de feux d'artifice :
"Oh Roddy, if only -! They're so brief. I wish they were never quenched but went on falling and falling , so lovely, for ever. Would you be content to burst into life and be a ten second marvel and then vanish ?"
A l'internat, la description de son amitié fusionnelle avec l'une de ses camarades de classe cache des sentiments plus forts : Judith est amoureuse, mais ne s'en rend pas compte. Héroïne sensibile et généreuse - j'ai eu l'impression d'être une intruse en lisant son histoire: la narration, comme souvent chez Lehmann, laissant grand place à l'identification (le pronom de la deuxième personne est utilisé durant des paragraphes entiers). Pour autant, on est loin d'un sentimentalisme à outrance, peut-être car le récit ne s'y prête jamais : l'action est parfois cruelle. Dusty Answer m'a beaucoup fait penser à Mariana de Monica Dickens, publié en 1940, mais l'oeuvre de Rosamond Lehmann est bien supérieure : dans son introduction à l'édition Virago, Jonathan Coe écrit "It will consume you entirely, transforming your whole inner life for the time it takes to read". Le mot-clé est ici consume : c'est un feu qui anime Judith et Olivia, celui d'une passion brûlante dont on sait qu'elle ne durera pas mais qu'on se plaît à dévorer des yeux en y croyant toujours.
17:24 Publié dans Littérature & Adaptations Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
02.09.2008
"Tipped the velvet ? It sounds like something you might do in a theatre..."

18:06 Publié dans Littérature & Adaptations Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24.08.2008
A Bottle of Champagne
Miss Pettigrew Lives for a Day est le best-seller de la maison d'édition Persephone, une maison d'édition que j'ai découverte l'an dernier et que j'affectionne particulièrement. Nicola Beauman, qui l'a fondée en 1999, avait pour principal objectif celui de republier des oeuvres oubliées du début du 20ème siècle, essentiellement écrites par des femmes et se déroulant pour le gros de l'intrigue dans la sphère domestique. Si la qualité du contenu diffère d'un livre à l'autre (certaines choses auraient peut-être mieux fait de rester dans l'oubli tant le racisme et l'antisémitisme de certaines oeuvres, comme la seconde partie de The Making of a Marchioness de Frances Hodgson Burnett, laisse peu de place à des sentiments autres que l'indignation), Nicola publie aussi quelques perles (Saplings de Noel Streatfeild, un écrivain que j'aime beaucoup, est un petit chef d'oeuvre, de même que The Home-Maker de Dorothy Canfield Fisher, The Crowded Street de Winifred Holtby, amie de Vera Brittain, mais aussi The Young Pretenders d'Edith Henrietta Fowler, très joli livre jeunesse, et tous les Dorothy Whipple). Publié en 1938, Miss Pettigrew Lives for a Day suit Miss Pettigrew, une gouvernante pleine de bon sens, lors d'une journée particulière puisqu'elle se met au service de Miss Delysia LaFosse, comédienne pleine de vie qui a bien du mal à faire des choix de grande. Persephone a republié ce roman court en Persephone Original puis l'a réédité l'an dernier en Persephone Classic à un prix plus doux avec un design différent visant le marché des librairies traditionnelles (jusqu'à l'an dernier, les Persephone ne pouvaient se commander que directement auprès de l'éditeur ou chez quelques revendeurs, dont les grands sites de vente en ligne tel Amazon).


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22.03.2008
"As Worthy a Detective as Columbo"
Quel est le point commun entre Jane Austen et Miss Marple ? A priori, pas grand chose, sauf si notre Jane est remaniée à la sauce roman policier à l'aide d'une plume sensationnelle, celle de Stephanie Barron. Je n'ai lu que deux romans de la série Jane Austen Mysteries et je suis impatiente de lire les autres.

Il s'agit d'une série de livres admirable, mettant en scène une Jane Austen revue et corrigée qui vit une vraie vie de détective. L'attrait réside dans les détails biographiques parfaitement maîtrisés par l'auteur et le style d'écriture qui ressemble à se méprendre à ce que Jane pourrait écrire. Les intrigues sont palpitantes, réalistes, les personnages nous semblent familiers. Stephanie Barron a vraiment su s'imprégner de l'atmosphère et de l'époque à laquelle furent écrits les romans de Jane pour nous transporter dans une toute autre dimension, celle décrite dans des études telles Jane Austen and Crime de Susannah Fullerton (paru chez Jones Books en avril 2006) dans lesquelles on s'attache à décoder le subtext, à réunir, en somme, ce qu'il y a de plus terre-à-terre, trivial voire effrayant dans les romans de Jane. Que la richesse de familles entières repose sur une économie esclavagiste n'a rien de douillet. Qu'un père meurre laissant son épouse et ses filles sans le sou non plus. On arrive sans mal à imaginer que l'entourage de Jane fasse lui aussi belle proie du côté bien plus malsain du XIXème. Un crime a été commis, Jane enquête. Les scénarii semblent répétitifs mais il n'en est rien : comme je le disais, l'auteur ne trahit en rien la biographie de Jane et la fait évoluer au gré des années dans des villes nouvelles (le second roman nous emmène à Bath), on rencontre Cassandra, le Révérend Austen, Jane s'attelle à l'écriture des Watsons tout en rédigeant son journal intime, témoin de ses découvertes macabres, de sa pêche aux indices, de ses interrogatoires, de ses doutes, de ses peurs. C'est un joli travail que l'auteur a réalisé sur cette série. Je ne peux également qu'applaudir l'illustrateur des couvertures des livres format poche : elles sont particulièrement bien trouvées. Je n'ai jamais réellement apprécié les romans policiers mais cette série m'a réellement beaucoup plu car elle est décidemment très soignée sur tous les plans.
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02.03.2008
"Our Vicar's Wife says..."
La collection Virago Modern Classics qui paraît chez l'excellente maison d'édition Virago publie de petits trésors destinés à redéfinir la notion de classique en y incorporant des écrivains, femmes, du début du 20ème et de la fin du 19ème, qui toutes s'attachent, de par l'acte-même d'écriture, à étudier le rôle de la femme dans la société, à comprendre la relation que les femmes entretiennent avec le monde qui les entoure. Janvier a été un bon cru puisque j'ai pu découvrir Charlotte Gilman, Kate Chopin, Elizabeth von Arnim, Edith Wharton et Elizabeth Taylor.
E.M. Delafield, de son vrai nom Edmée Elizabeth Monica de la Pasture, en plus d'être journaliste (elle fut l'une des premières à visiter les camps de concentration après la Seconde Guerre mondiale) fut une romancière à succès et publia de nombreux recueils de nouvelles. Au tout début des années 30, la rédactrice en chef du journal féministe Time and Tide, Lady Rhondda (qui, tout comme son journal, afficha des idées de plus en plus conservatrices au fil des années) lui demanda d'écrire une série de textes qu'elle publierait. Le résultat ne se fit pas attendre : Diary of a Provincial Lady fut couronné de succès et fut suivi, en 1932, de The Provincial Lady Goes Further. En 1933, elle publia dans le journal humoristique Punch The Provincial Lady in America, et en 1940 écrivit The Provincial Lady in Wartime. Ces livres courts, à l'humour sans faille, se sont arrachés ( et s'arrachent encore, The Diary of a Provincial Lady n'ayant jusque ici jamais été épuisé ) par tous, jusqu'au Premier Ministre britannique Harold MacMillan qui écrivit personnellement à l'auteur pour l'encourager à publier une suite.

Je me suis récemment procuré cet Omnibus rassemblant tous ces journaux intimes et je viens de passer de délicieuses heures à les savourer : l'humour est réellement décapant, très anglais. La narratrice, qui a pour modèle l'auteur elle-même commente ce qui l'entoure avec tant d'ironie qu'on ne peut lire tous les livres les uns après les autres : une page me prenait un temps fou à finir puisque je passais mon temps à éclater de rire. C'est caustique, pince-sans-rire, terriblement attachant. Le style d'E.M. Delafield peut être comparé à celui de Grossmith, auteur de Diary of a Nobody, ou encore à celui de Nancy Mitford ou de P.G. Wodehouse. Ce qui est dépeint est le quotidien conformiste d'une femme de la bonne société anglaise, au mari toujours endormi derrière le Times, qui gère tant bien que mal ses domestiques ( le portrait de Mademoiselle, la gouvernante française des enfants, est particulièrement excellent ) et son cercle d'amis. Je ne résiste pas à l'envie de vous taper un passage, pris au hasard :
(Query : Have not the French sometimes a very strange way of expressing themselves ?)
E.M. Delafield a publié d'autres ouvrages qui feront sûrement partie de mon prochain panier : I Visit the Soviets, par exemple, est un journal de bord de sa visite de 6 mois en URSS en 1935 et Consequences, republié par Persephone (on ne se refait pas !) est un roman qui a déjà bonne place dans ma bibliothèque. La fille d'E.M. Delafield, R.M. Dashwood, qui apparaît sous le pseudo de Vicky dans les livres de sa mère, a également écrit un livre et apparemment il est tout aussi excellent que ce que je viens de lire. Il est très intelligement intitulé The Provincial Daughter. Je recommende vivement cette page dédiée à E.M. Delafield.

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25.02.2008
"This IS Cranford"
L'inconvénient d'ouvrir un journal au beau milieu du mois de février, c'est que l'on est privé de la satisfaction d'être exhaustif : à défaut de poster mes impressions sur mes lectures de janvier (il y en a eu 20), je tiens tout de même à parler ici de ma lecture préférée du mois qui va s'achever. D'ici la fin de la semaine, je serai fin prête pour mars.

Commençons donc par Cranford, d'Elizabeth Gaskell. L'édition pour laquelle j'ai opté est une édition Omnibus rassemblant plusieurs textes : le texte de Cranford-même, mais aussi les textes courts Dr Harrison's Confession, My Lady Ludlow et The Cage at Cranford : tous quatre ont été pris pour base de la mini série de la BBC diffusée fin 2007 (un bijou, j'en reparlerai peut-être). Il s'agit-là de mes textes préférés de la romancière dont j'avais déjà lu Wives and Daughters (très bon) et North and South (déception). L'atmosphère et le point de vue adopté est ici radicalement différent : nous ne suivons pas les occupants d'une seule maisonnée au XIXème siècle mais un groupe bien plus large d'habitants d'une ville nommée Cranford qui se distingue en ce sens qu'il s'agit du dernier bastion d'une ville rurale attachée à des traditions victoriennes qui de-ci de-là tendent à disparaître au Royaume-Uni avec la Révolution Industrielle. Cranford, c'est une floppée d'amazones, de femmes fortes, courageuses, drôles, parfois ridicules mais auxquelles on s'attache parce qu'elles font des choix progressistes, dominent leurs peurs et ne campent pas leurs positions de façon têtue, s'adaptent tant bien que mal et surtout, s'entraident. L'humour est subtil, et l'on sent que Mrs Gaskell est très attachée à chacun de ses (nombreux) personnages. Dans la très bonne introduction à mon édition, Jenny Uglow (une spécialiste de l'oeuvre de l'auteur) nous explique qu'en 1854, dans une lettre adressée au critique littéraire John Forster et comprenant pléthore de potins, Elizabeth Gaskell écrivit :
L'humour de Cranford s'inscrit dans la plus pure tradition de la comédie de moeurs, mais la satire est ici chaleureuse, loin d'être cruelle. On s'en moque, certes, mais avec douceur, car on se rend bien compte que les qualités de cette communauté essentiellement féminine fait partie de ce qui fait la force et la particularité du Royaume-Uni. Le récit de Cranford est épisodique : la narratrice, Mary Smith nous conte des évènements qui se sont déroulés lorsqu'elle était en visite chez Miss Matty et Deborah Jenkins : sous sa plume, c'est bien sûr Mrs Gaskell qui nous dépeint les coups de théâtre, les micro révolutions, les décisions, les sourires de Cranford. Il s'agit, ni plus ni moins d'une excellente chronique. Le récit Dr Harrison's Confession s'attache lui à nous conter le récit d'un quiproquo lorsqu'arrive dans la ville Dr Harrison, jeune médecin célibataire fraîchement débarqué de Londres, qui fait fondre tous les coeurs et qui, par sa maladresse craquante (en fait sa gentillesse trop abondante dans un village de femmes où chaque geste d'un homme célibataire est une preuve d'affection) se retrouvera promis à quatre femmes différentes et en perdra presque celle qu'il aime. Lady Ludlow, quant à elle, est une aristocrate réactionnaire qui refuse toute éducation aux jeunes filles et aux plus démunis car " savoir lire n'est pas ce qu'un domestique doit savoir faire " : ses prises de position sont extrêmes et monnaie courante chez une aristocratie qui vient d'être le témoin des affres de la Terreur dans un pays voisin. C'est justement en se rappelant cette Terreur que Lady Ludlow raconte la fuite de France de plusieurs de ses amis aristocrates qui ne parviendront pas à Calais et y laisseront leurs vies. A aucun moment il n'est question des apports de la Révolution Française : le récit ne s'y prêtait sans doute pas, mais il est vrai que même s'il s'agit du point de vue d'une aristocrate sur le sujet, le fait est que la Révolution et ses causes n'ont pas été comprises des monarchies alentour : quand en France on se souvient bien de la légende dorée (qui a bien existé, le combat pour plus d'égalité et de droits pour tous), le Royaume-Uni, même aujourd'hui, se souvient surtout du régicide et de la chasse aux nobles qui très vite a terni des idéaux sur le point de se matérialiser. Il était intéressant d'avoir le point de vue partiel de Lady Ludlow et le récit de la fuite de Paris de deux de ses connaissances était très prenant, mais ce point m'a quelque peu alertée.
Lisez donc Cranford et ces textes courts d'Elizabeth Gaskell, c'est toute une époque qui se dessine et il me semble que cet Omnibus constituerait une excellente introduction à la Révolution Industrielle au Royaume-Uni et plus généralement à la transition qu'a constitué 1850. La mini série de la BBC, au casting exceptionnel est une perle du petit écran et est disponible en DVD zone 2 UK.

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