24.08.2008

"You may not be able to change the world, but at least you can embarrass the guilty"

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J'ai eu la chance cette année de découvrir une femme hors du commun, l'une de celles dont on s'inspire et qu'on espère émuler. Jessica Mitford est née en 1917 et fut membre d'une famille célèbre qui a longtemps défrayé la chronique par ses excès. Les Mitford, très conservateurs, ont embrassé la cause du fascisme avec une ferveur égale à celle que Decca avait pour le communisme : malgré son manque d'éducation (son père pensait que c'était une perte d'argent que d'envoyer ses filles à l'école, ce que Jessica regretta toute sa vie), elle a été écrivain et journaliste, et est à l'origine du journalisme d'enquête (de longs mois de recherches pour traiter un sujet, contrairement au gros du journalisme traditionel qui reste concentré sur l'actualité brûlante et fonctionne par pige). Son ouvrage The American Way of Death reste aujourd'hui une référence incontournable dans le milieu : elle s'en prend à l'industrie funéraire qu'elle accuse de profiter de la douleur de ses clients, souvent la famille de défunts, pour alourdir son chiffre d'affaire. Au moment-même où Jessica réalise qu'il y a peut-être d'autres voies que le fascisme, elle s'enfuit de chez ses parents et de la vie aisée que son sort lui réservait (elle ne reverra plus jamais son père, dont le portrait est dressé sous les traits de l'horrible l'oncle Matthew dans The Pursuit of Love de Nancy Mitford) pour l'Espagne où les républicains tentent en vain de s'opposer à Franco. Elle y rencontre l'un de ses cousins, l'autre "mouton rouge" de la famille, Esmond Romilly, neveu de Winston Churchill (qui ne veut plus en entendre parler) qui s'était joint aux forces républicaines et dont elle avait lu les journaux de gauche qu'il distribuait en douce à Oxford. Ils se marrient puis s'envolent pour les Etats-Unis où Jessica réussit à décrocher plusieurs petits boulots alors que dans son natif Royaume-Uni sa fugue scandaleuse fait la une des journaux. Elle profite de son temps libre pour lire et découvrir une Amérique qu'elle ne connaît guère : cette période d'exploration lui fera entrevoir le gros des problèmes qui sclérosent les Etats-Unis. Lorsque Esmond meurt au combat (il s'était engagé dans les forces canadiennes et son avion est abattu au-dessus de l'Allemagne), Jessica s'effondre (il lui faudra des mois pour accepter sa mort, et son autobiographie s'arrête juste avant cet accident, car, explique-t-elle dans ses lettres, elle ne pouvait se résoudre à l'écrire : Churchill en personne viendra lui annoncer la nouvelle). Pourtant, celle qui n'a jamais rien vu du monde devient autodidacte : elle reprend le flambeau qu'a laissé Esmond et participe à nombre de marches en faveur des droits civiques pour les Noirs Américains, organise des collectes de fonds pour aider des familles défavorisées, s'oppose physiquement au Ku Klux Klan (elle sera barricadée dans une église toute une nuit avec plusieurs leaders activistes en attendant que la police vienne disperser les membres du KKK, épisode qu'elle raconte de façon très brève dans ses lettres) bref, va dans la rue exprimer son mécontentement et travaille activement avec son nouvel époux, Robert Treuhaft, avocat, pour défendre en justice des Noirs accusés de toutes sortes de crimes et abandonnés par la justice (dans ses lettres, elle explique que c'est là où se trouve le vrai travail, sur le terrain : dans ses notes d'édition, Peter Sussman indique que Robert et Jessica formaient le seul espoir de certains accusés, ils allaient là où les associations et les comités de soutien n'allaient plus, défendant jusqu'au bout des cas difficiles).

 

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Jessica et Esmond Romilly à l'un de leurs petits boulots aux Etats-Unis, en 1939 au bar Roma à Miami

 

Au début des années 50, ils adhèrent au Parti Communiste (Jessica explique qu'il n'y avait alors pas d'alternative car les démocrates ne faisaient rien sur le terrain, elle préfèrait les petites structures et le Parti lui donnait des moyens qu'elle n'aurait pas eu ailleurs pour ses projets). Elle est rattrapée par le Maccarthysme en 1953 mais son humour décapant la sauve de justesse. En 1958, Robert et Jessica quittent le Parti Communiste puisqu'ils ont le sentiment qu'ils pourraient accomplir plus de choses sans ses contraintes. Elle passe le reste de sa vie à lutter contre les inégalités : sur le terrain mais aussi sur le papier, elle publie livres et articles de journaux s'élevant contre les injustices et s'en prenant aux gens aisés comme sa soeur Nancy qui parlent d'un monde meilleur sans lever le doigt pour le changer (Nancy apparaît d'ailleurs très froide dans toutes les réponses de Jessica à ses lettres). Elle n'adresse plus la parole à sa soeur Unity (pourtant sa préférée) lorsqu'elles se séparent, chacune de son côté de l'échiquier politique, de même que sa soeur Diana qui épouse le leader du parti fasciste britannique.

Il y a quelques mois j'ai lu son autobiographie, Hons and Rebels, puis ses lettres rassemblées et merveilleusement éditées par le journaliste Peter Y. Sussman. A l'heure du multimédia, il est difficile de croire que beaucoup auraient la patience et la soif de comprendre qu'il faut pour apprécier chacune des 768 pages que contient ce recueil de lettres, et pourtant... Passionnant de bout en bout, c'est un complément indispensable pour qui s'intéresse à cette vie d'exception. Jessica y apparaît généreuse et superbement drôle et tout depuis les potins des nombreuses célébrités qu'elle cotoît (de par son appartenance à la famille Mitford mais aussi des gens plus recommendables comme des activistes, des féministes, des hommes politiques) jusqu'au récit développé de ce qu'elle fait de ses journées bien remplies inspire et nous la rendent familière.

Avec les mots de Jo Rowling :

"My most influential writer, without a doubt, is Jessica Mitford. When my great-aunt gave me Hons and Rebels when I was 14, she instantly became my heroine. She ran away from home to fight in the Spanish Civil War, taking with her a camera that she had charged to her father's account. I wished I'd had the nerve to do something like that. I love the way she never outgrew some of her adolescent traits, remaining true to her politics – she was a self-taught socialist – throughout her life. I think I've read everything she wrote. I even called my daughter [Jessica Rowling Arantes] after her."

 

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A Bottle of Champagne

Miss Pettigrew Lives for a Day est le best-seller de la maison d'édition Persephone, une maison d'édition que j'ai découverte l'an dernier et que j'affectionne particulièrement. Nicola Beauman, qui l'a fondée en 1999, avait pour principal objectif celui de republier des oeuvres oubliées du début du 20ème siècle, essentiellement écrites par des femmes et se déroulant pour le gros de l'intrigue dans la sphère domestique. Si la qualité du contenu diffère d'un livre à l'autre (certaines choses auraient peut-être mieux fait de rester dans l'oubli tant le racisme et l'antisémitisme de certaines oeuvres, comme la seconde partie de The Making of a Marchioness de Frances Hodgson Burnett, laisse peu de place à des sentiments autres que l'indignation), Nicola publie aussi quelques perles (Saplings de Noel Streatfeild, un écrivain que j'aime beaucoup, est un petit chef d'oeuvre, de même que The Home-Maker de Dorothy Canfield Fisher, The Crowded Street de Winifred Holtby, amie de Vera Brittain, mais aussi The Young Pretenders d'Edith Henrietta Fowler, très joli livre jeunesse, et tous les Dorothy Whipple). Publié en 1938, Miss Pettigrew Lives for a Day suit Miss Pettigrew, une gouvernante pleine de bon sens, lors d'une journée particulière puisqu'elle se met au service de Miss Delysia LaFosse, comédienne pleine de vie qui a bien du mal à faire des choix de grande. Persephone a republié ce roman court en Persephone Original puis l'a réédité l'an dernier en Persephone Classic à un prix plus doux avec un design différent visant le marché des librairies traditionnelles (jusqu'à l'an dernier, les Persephone ne pouvaient se commander que directement auprès de l'éditeur ou chez quelques revendeurs, dont les grands sites de vente en ligne tel Amazon).

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La couverture de l'édition Persephone Classic, qui reprend le gris "marque de fabrique" de Persephone pour le titre mais utilise une peinture, ici Blondes and Brunettes de Charles Mozley, exposée en 1938.


Ce livre m'a beaucoup rappelé le Diary of a Nobody de Grossmith, puisqu'il s'inscrit en effet dans la plus pure tradition des romans d'humour britanniques, avec cependant une différence importante: plus que cela, il m'a rappelé les films pre-code des années 1920, avant l'apparition du Code Hays. Somme toute, Winifred Watson m'a beaucoup fait penser à Lubitsch dans des films tel que l'excellent Trouble in Paradise : c'est presque l'exact équivalent littéraire d'un tel film. L'auteur incorpore cocaïne, amours libres, filles de petite vertu, monde du théâtre, vus à travers les yeux d'une gouvernante quelque peu désarçonnée par un monde qu'elle n'avait jusqu'alors jamais entrevu. Le livre n'en est pas moraliste pour autant : c'est extrêmement drôle et frais et ça se lit aujourd'hui comme un hommage à ces films audacieux d'avant l'apparition du Production Code en 1934, une tentative très réussie d'exposer la situation désastreuse des femmes à l'aube de la Seconde Guerre mondiale (tout au long du livre, la faim de Miss Pettigrew est un thème récurrent : si elle ne trouve pas de gagne-pain avec Miss LaFosse, elle ne mangera tout simplement pas de la journée; Delysia de son côté est forcée d'accepter de devenir une fille entretenue de peur de tout perdre et de se retrouver à la rue). Si l'on peut passer outre l'antisémitisme de certains commentaires (cette oeuvre n'est malheureusement pas sans faille, comme souvent chez Persephone), c'est gai, drôle, rafraîchissant, une vraie bouteille de champagne mise en mots.

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Une excellente adaptation en a été faite cette année : le film, réalisé par Bharat Nalluri (qui a réalisé des épisodes de la série britannique à succès Life on Mars, dont le spin-off, Ashes to Ashes, est très bon) rend justice au livre de Winifred Watson même si des changements importants y sont apportés (notamment la fin, un peu édulcorée pour les besoins d'Hollywood). Le casting est impeccable, Amy Adams reprend plus ou moins le rôle qu'elle tenait dans Enchanted, Lee Pace, dont on peut mesurer tout le talent dans la série Wonderfalls ou plus récemment dans Pushing Daisies (par le même réalisateur de talent, Bryan Fuller) est touchant et juste, Frances McDormand campe une Miss Pettigrew différente de celle que je m'étais imaginée en lisant le livre mais bluffante de bout en bout (à noter qu'elle a enregistré la version audio du livre, disponible en CD auprès de Persephone). La bande originale du film de Paul Englishby, qui reprend certains titres phares de Cole Porter (le délicieux Anything Goes), la photographie et le travail réalisé sur les costumes valent réellement le détour. J'ai trouvé le tout plus lent et moins eccentrique que dans le roman mais ça reste très bon, malgré quelques anachronismes relatifs au bouts d'Histoire qui sont incorporés à la production.  Le DVD zone 1 vient tout juste de sortir aux Etats-Unis et l'on pourra voir le film sur grand écran en France en mars 2009.


23.08.2008

Not Goodbye, more like a See You Later

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Elaine Cassidy dans le rôle de Lucy Honeychurch dans A Room With a View, la sublime adaptation ITV du roman du même nom (écrit par E.M. Forster et publié en 1908) diffusée en 2007. Le DVD est disponible en zone 2 UK.


J'ai décidé de continuer ce blog après tout, mais avec un changement important : il n'est plus possible de commenter. Il m'en a fallu du temps, mais je me suis finalement aperçue que c'était cet aspect qui me bloquait plus qu'autre chose : je n'ai pas envie que l'on commente sur ma vie, j'en présente des tranches, c'est déjà assez difficile comme travail sur soi. J'ai très envie de parler de plein de choses : plein de lectures, d'écrans, de bouts de vie que j'aimerais exposer et déveloper ici - à tout bientôt, donc !