09.09.2008
"She relished life and language hugely, and revelled in the diverse"

Difficile de parler d'Angela Carter ! J'ai fait connaissance avec elle d'une manière assez peu commune : j'ai eu un passage de The Bloody Chamber and Other Stories à traduire pour mon partiel de version de juin dernier, et j'ai tellement aimé l'extrait que j'ai décidé de me renseigner sur l'auteur. Cette écrivain et journaliste décédée en 1992 a laissé une empreinte indélébile sur la littérature. Souvent rangée dans la catégorie "féminisme", ses histoires sont en fait un mélange de plusieurs genres, il y a beaucoup d'humour, mais aussi de cruauté et de magie chez Angela Carter. Je n'ai lu que deux de ses oeuvres, mais elles m'ont beaucoup marquée. The Bloody Chamber and Other Stories est un recueil de nouvelles qui s'inspirent des contes de Grimm : la maison d'édition Vintage a d'ailleurs eu l'excellente idée de republier les deux recueils (celui d'Angela et l'intégrale des contes de Grimm) dans une édition spéciale pour qu'on puisse les comparer. Contrairement à ceux de Grimm, dans les contes d'Angela les femmes ne sont plus victimes mais actrices et la cruauté de leur environnement n'est pas enterrée sous une morale salvatrice, au contraire, elle est montrée pour ce qu'elle est et exploitée pour en montrer toute l'absurdité. Les femmes ne sont plus à la merci du loup mais assument pleinement leur sexualité. L'exact envers des contes traditionnels (cela m'a fait penser à Sarah Waters). C'est réellement brillant : son écriture est riche en détails, fouillée, pleine de racines latines qui participent au brouillage des pistes. On ne sait jamais où l'on se trouve, ni à quelle période : un téléphone dans un château dans la première nouvelle, des hommes à cheval et des femmes qui prennent le train... Sur bien des points, son travail de réécriture et d'excavation des thèmes latents des contes de Grimm m'a fait penser à l'ouvrage Psychanalyse des Contes de Fées de Bruno Bettelheim, à la différence près qu'Angela Carter est écrivain et utilise donc la fiction et le médium du récit pour exposer le subtext. La palette de couleurs reste comprise, sans surprise, dans les tons noir, blanc et rouge, ce qui m'a beaucoup fait penser à un autre texte, Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes, écrit entre 1181 et 1191, dans lequel on trouve le topos des gouttes de sang sur la neige, une oeuvre qui utilise également abondamment la merveille : peut-être s'agit-il là d'une source d'inspiration pour Carter. J'ai également beaucoup pensé à Possession d'A.S. Byatt, qui lui aussi utilise beaucoup de matière littéraire à l'intérieur d'un objet littéraire.
Dans un autre de ses livres, définitement post féministe, The Passion of New Eve, c'est la confusion des genres et sexes sur fond d'apocalypse. Un homme en vacances aux Etats-Unis se voit castré puis, devenu femme, subit alors ce que lui même fait subir aux femmes. La société américaine est satirisée et l'écriture est électrique : c'est une histoire qu'on lit bouche bée en retenant son souffle. Beaucoup de références ironiques à la Bible (notamment à la Chute) et à Sade, ce n'est pas un monde dans lequel on aimerait se blottir mais un monde que l'on quitte grandit parce que plus rien n'est sûr à la fin que la certitude que c'est une lecture qui provoque la réflexion. C'est exigeant, énergique et demande une attention constante mais ça en vaut la peine, parce que c'est enrichissant.
Je recommande vivement cette page : le webmaster a d'excellents commentaires à faire sur les oeuvres de cette grande dame de la littérature.
18:19 Publié dans Littérature & Adaptations Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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