09.09.2008

A Swan in the Evening

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J'ai eu l'immense chance d'entendre parler de Rosamond Lehmann après la réédition de ses livres par Virago Press : il n'y a rien de plus frustrant que de s'intéresser à un auteur pour s'apercevoir très vite que ses livres sont épuisés. Née au début du siècle dernier (en 1901) et décédée en 1990, cette grande romancière du XXème siècle est souvent citée dans les listes d'auteurs méconnus qui mériteraient de l'être, et je ne peux qu'être d'accord. J'ai récemment découvert The Weather in the Streets et ai été transportée par une lecture riche et gracieuse : ce roman, qui est en fait la suite d'Invitation to the Waltz (que je n'ai pas encore lu), peut se lire tout seul. On y suit la vie d'Olivia, divorcée, qui tombe amoureuse d'un homme marié. Ce portrait tout en finesse et d'une justesse rare de "l'autre femme" n'a rien d'ordinaire : publié en 1936, critiqué de toutes parts par un Royaume-Uni conservateur, il n'a aujourd'hui plus rien de l'aspect interdit qu'il revêtait alors. Pourtant, et c'est là gage d'un bon livre, sa prose poétique et la voix de sa narratrice en font aujourd'hui l'un des romans les plus injustement oubliés de la littérature britannique. Les émotions sont retranscrites honnêtement, au plus près des pensées fugaces d'Olivia, technique qui n'est pas sans rappeler Virginia Woolf.
Dusty Answer, son premier roman publié en 1927, a pour personnage principal Judith que l'on observe de façon presqu'intime durant toute sa vie d'adolescente, jusqu'à l'âge adulte. Fille sans histoire, presque ennuyeuse, elle tombe amoureuse d'un groupe de cousins qui emménagent dans la maison d'à côté lors d'un été et ne fera plus qu'attendre d'être remarquée par l'un d'eux, avant de se rendre compte qu'il faut qu'elle choisisse sans attendre d'être choisie. L'écriture de Rosamond Lehmann laisse encore une fois des traces, elle est à couper le souffle dans ces deux passages :

"There was sadness in everything - in the room, in the ringing bird-calls from the garden, in the lit, golden lawn beyond the window, with its single miraculous cherry-tree breaking in immaculate blossom and tossing long foamy sprays against the sky. She was sad to the verge of tears, and yet the sorrow was rich, - a suffocating joy."

Quatorze pages plus loin, à propos de feux d'artifice :

"Oh Roddy, if only -! They're so brief. I wish they were never quenched but went on falling and falling , so lovely, for ever. Would you be content to burst into life and be a ten second marvel and then vanish ?"

A l'internat, la description de son amitié fusionnelle avec l'une de ses camarades de classe cache des sentiments plus forts : Judith est amoureuse, mais ne s'en rend pas compte. Héroïne sensibile et généreuse - j'ai eu l'impression d'être une intruse en lisant son histoire: la narration, comme souvent chez Lehmann, laissant grand place à l'identification (le pronom de la deuxième personne est utilisé durant des paragraphes entiers). Pour autant, on est loin d'un sentimentalisme à outrance, peut-être car le récit ne s'y prête jamais : l'action est parfois cruelle. Dusty Answer m'a beaucoup fait penser à Mariana de Monica Dickens, publié en 1940, mais l'oeuvre de Rosamond Lehmann est bien supérieure : dans son introduction à l'édition Virago, Jonathan Coe écrit "It will consume you entirely, transforming your whole inner life for the time it takes to read". Le mot-clé est ici consume : c'est un feu  qui anime Judith et Olivia, celui d'une passion brûlante dont on sait qu'elle ne durera pas mais qu'on se plaît à dévorer des yeux en y croyant toujours.

 

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