02.09.2008
"Tipped the velvet ? It sounds like something you might do in a theatre..."

Parmi mes écrivains préférés, on compte peu de contemporains, mais Sarah Waters a une place de choix dans mon Panthéon personnel. Quatre livres publiés à son actif, cette britannique a des dons de conteuse exceptionnels et je n'ai pas encore trouvé un seul livre d'elle qui m'ait déçu. Les trois premiers, Tipping the Velvet, Affinity et Fingersmith, ont pour cadre une Angleterre victorienne dans laquelle Sarah s'amuse à débusquer le sens caché des histoires gothiques et laisse par la même son empreinte dans un genre qu'elle revisite : folles au grenier (The Madwoman in the Attic, titre d'une étude féministe célèbre publiée en 1979), fantômes, désir, amour, le tout développé par une plume superbement détaillée et généreuse, aux personnages terriblement attachants. Sarah Waters est l'une de ses rares écrivains qui peut être appréciée aussi bien des critiques (elle a reçu de nombreux prix et des commentaires élogieux de la profession) que du grand public : ses livres reposent sur des techniques implacables qu'elle maîtrise particulièrement bien, les intrigues sont palpitantes et les retournements de situation dignes des meilleurs romans à suspens. Tipping the Velvet, par exemple, explore le monde du théâtre : c'est gai et tortueux, oscillant entre scènes colorées et fraîches et un côté plus sombre, habile mélange qui fait somme toute la particularité du roman. C'est dans ce livre que l'on peut rencontrer Florence Banner, l'un de mes personnages préférés de la littérature britannique. Affinity nous emmène du côté de la Millbank Prison où une voyante qui évolue dans les plus importants cercles spiritualistes, vient d'être enfermée : c'est le roman le plus sombre de l'auteur, à l'exact opposé de Tipping the Velvet, quand Fingersmith dont l'un des personnages est collectionneur de gravures pornographiques, tient un juste milieu. L'écrivain s'intéresse à chaque fois à ce qu'il se passe lorsque des femmes sont confinées à des endroits où elles ne peuvent compter que sur d'autres femmes, où elles ne peuvent tromper que d'autres femmes. Souvent comparée à Dickens, c'est l'envers du tableau que Sarah Waters nous présente, ce qu'il se passe derrière les portes closes, celles que l'on clôt sur les femmes dans tous les romans britanniques célèbres du 19ème siècle. Ce que j'aime également chez Sarah Waters, c'est cette conscience sociale et ses personnages féminins entiers et développés, ses idées en somme : c'est bien agréable de lire un roman qui sait garder les bons côtés des romans du 19ème (une intrigue solide) tout en remplaçant les aspects moins sympas par de réels sourires et de vraies idées auxquelles je peux adhérer, c'est une expérience complète que de lire un livre de Sarah Waters puisque son écriture est sur tous les plans satisfaisante.
Ses trois premiers livres ont fait l'objet d'adaptations télévisuelles qui vont de bonnes (Tipping the Velvet, avec Rachael Stirling dans le rôle de Nan, Keeley Hawes dans celui de Kitty et Jodhi May - qui a joué Mirah dans l'adaptation de Daniel Deronda - dans celui de Florence Banner, et Affinity, avec Anna Madeley - qui a joué Lucy Steele dans l'adaptation de Sense and Sensibility diffusée en 2008 sur ITV - dans le rôle de Margaret et la prometteuse Zoe Tapper dans celui de Selina) à très bonnes (Fingersmith, avec l'impeccable Sally Hawkins - Anne Elliot dans l'adaptation de Persuasion diffusée sur la BBC en 2007 et la non moins talentueuse Elaine Cassidy - Lucy Honeychurch dans l'adaptation de A Room With a View produite par la même chaîne et diffusée la même année) et The Night Watch, son dernier roman se déroulant durant la Seconde Guerre mondiale, différent et pourtant encore plus fin dans l'analyse psychologique, sera à son tour adapté pour la BBC très bientôt.
18:06 Publié dans Littérature & Adaptations Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

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