24.08.2008

A Bottle of Champagne

Miss Pettigrew Lives for a Day est le best-seller de la maison d'édition Persephone, une maison d'édition que j'ai découverte l'an dernier et que j'affectionne particulièrement. Nicola Beauman, qui l'a fondée en 1999, avait pour principal objectif celui de republier des oeuvres oubliées du début du 20ème siècle, essentiellement écrites par des femmes et se déroulant pour le gros de l'intrigue dans la sphère domestique. Si la qualité du contenu diffère d'un livre à l'autre (certaines choses auraient peut-être mieux fait de rester dans l'oubli tant le racisme et l'antisémitisme de certaines oeuvres, comme la seconde partie de The Making of a Marchioness de Frances Hodgson Burnett, laisse peu de place à des sentiments autres que l'indignation), Nicola publie aussi quelques perles (Saplings de Noel Streatfeild, un écrivain que j'aime beaucoup, est un petit chef d'oeuvre, de même que The Home-Maker de Dorothy Canfield Fisher, The Crowded Street de Winifred Holtby, amie de Vera Brittain, mais aussi The Young Pretenders d'Edith Henrietta Fowler, très joli livre jeunesse, et tous les Dorothy Whipple). Publié en 1938, Miss Pettigrew Lives for a Day suit Miss Pettigrew, une gouvernante pleine de bon sens, lors d'une journée particulière puisqu'elle se met au service de Miss Delysia LaFosse, comédienne pleine de vie qui a bien du mal à faire des choix de grande. Persephone a republié ce roman court en Persephone Original puis l'a réédité l'an dernier en Persephone Classic à un prix plus doux avec un design différent visant le marché des librairies traditionnelles (jusqu'à l'an dernier, les Persephone ne pouvaient se commander que directement auprès de l'éditeur ou chez quelques revendeurs, dont les grands sites de vente en ligne tel Amazon).

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La couverture de l'édition Persephone Classic, qui reprend le gris "marque de fabrique" de Persephone pour le titre mais utilise une peinture, ici Blondes and Brunettes de Charles Mozley, exposée en 1938.


Ce livre m'a beaucoup rappelé le Diary of a Nobody de Grossmith, puisqu'il s'inscrit en effet dans la plus pure tradition des romans d'humour britanniques, avec cependant une différence importante: plus que cela, il m'a rappelé les films pre-code des années 1920, avant l'apparition du Code Hays. Somme toute, Winifred Watson m'a beaucoup fait penser à Lubitsch dans des films tel que l'excellent Trouble in Paradise : c'est presque l'exact équivalent littéraire d'un tel film. L'auteur incorpore cocaïne, amours libres, filles de petite vertu, monde du théâtre, vus à travers les yeux d'une gouvernante quelque peu désarçonnée par un monde qu'elle n'avait jusqu'alors jamais entrevu. Le livre n'en est pas moraliste pour autant : c'est extrêmement drôle et frais et ça se lit aujourd'hui comme un hommage à ces films audacieux d'avant l'apparition du Production Code en 1934, une tentative très réussie d'exposer la situation désastreuse des femmes à l'aube de la Seconde Guerre mondiale (tout au long du livre, la faim de Miss Pettigrew est un thème récurrent : si elle ne trouve pas de gagne-pain avec Miss LaFosse, elle ne mangera tout simplement pas de la journée; Delysia de son côté est forcée d'accepter de devenir une fille entretenue de peur de tout perdre et de se retrouver à la rue). Si l'on peut passer outre l'antisémitisme de certains commentaires (cette oeuvre n'est malheureusement pas sans faille, comme souvent chez Persephone), c'est gai, drôle, rafraîchissant, une vraie bouteille de champagne mise en mots.

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Une excellente adaptation en a été faite cette année : le film, réalisé par Bharat Nalluri (qui a réalisé des épisodes de la série britannique à succès Life on Mars, dont le spin-off, Ashes to Ashes, est très bon) rend justice au livre de Winifred Watson même si des changements importants y sont apportés (notamment la fin, un peu édulcorée pour les besoins d'Hollywood). Le casting est impeccable, Amy Adams reprend plus ou moins le rôle qu'elle tenait dans Enchanted, Lee Pace, dont on peut mesurer tout le talent dans la série Wonderfalls ou plus récemment dans Pushing Daisies (par le même réalisateur de talent, Bryan Fuller) est touchant et juste, Frances McDormand campe une Miss Pettigrew différente de celle que je m'étais imaginée en lisant le livre mais bluffante de bout en bout (à noter qu'elle a enregistré la version audio du livre, disponible en CD auprès de Persephone). La bande originale du film de Paul Englishby, qui reprend certains titres phares de Cole Porter (le délicieux Anything Goes), la photographie et le travail réalisé sur les costumes valent réellement le détour. J'ai trouvé le tout plus lent et moins eccentrique que dans le roman mais ça reste très bon, malgré quelques anachronismes relatifs au bouts d'Histoire qui sont incorporés à la production.  Le DVD zone 1 vient tout juste de sortir aux Etats-Unis et l'on pourra voir le film sur grand écran en France en mars 2009.


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