02.03.2008
"Our Vicar's Wife says..."
La collection Virago Modern Classics qui paraît chez l'excellente maison d'édition Virago publie de petits trésors destinés à redéfinir la notion de classique en y incorporant des écrivains, femmes, du début du 20ème et de la fin du 19ème, qui toutes s'attachent, de par l'acte-même d'écriture, à étudier le rôle de la femme dans la société, à comprendre la relation que les femmes entretiennent avec le monde qui les entoure. Janvier a été un bon cru puisque j'ai pu découvrir Charlotte Gilman, Kate Chopin, Elizabeth von Arnim, Edith Wharton et Elizabeth Taylor.
E.M. Delafield, de son vrai nom Edmée Elizabeth Monica de la Pasture, en plus d'être journaliste (elle fut l'une des premières à visiter les camps de concentration après la Seconde Guerre mondiale) fut une romancière à succès et publia de nombreux recueils de nouvelles. Au tout début des années 30, la rédactrice en chef du journal féministe Time and Tide, Lady Rhondda (qui, tout comme son journal, afficha des idées de plus en plus conservatrices au fil des années) lui demanda d'écrire une série de textes qu'elle publierait. Le résultat ne se fit pas attendre : Diary of a Provincial Lady fut couronné de succès et fut suivi, en 1932, de The Provincial Lady Goes Further. En 1933, elle publia dans le journal humoristique Punch The Provincial Lady in America, et en 1940 écrivit The Provincial Lady in Wartime. Ces livres courts, à l'humour sans faille, se sont arrachés ( et s'arrachent encore, The Diary of a Provincial Lady n'ayant jusque ici jamais été épuisé ) par tous, jusqu'au Premier Ministre britannique Harold MacMillan qui écrivit personnellement à l'auteur pour l'encourager à publier une suite.

Je me suis récemment procuré cet Omnibus rassemblant tous ces journaux intimes et je viens de passer de délicieuses heures à les savourer : l'humour est réellement décapant, très anglais. La narratrice, qui a pour modèle l'auteur elle-même commente ce qui l'entoure avec tant d'ironie qu'on ne peut lire tous les livres les uns après les autres : une page me prenait un temps fou à finir puisque je passais mon temps à éclater de rire. C'est caustique, pince-sans-rire, terriblement attachant. Le style d'E.M. Delafield peut être comparé à celui de Grossmith, auteur de Diary of a Nobody, ou encore à celui de Nancy Mitford ou de P.G. Wodehouse. Ce qui est dépeint est le quotidien conformiste d'une femme de la bonne société anglaise, au mari toujours endormi derrière le Times, qui gère tant bien que mal ses domestiques ( le portrait de Mademoiselle, la gouvernante française des enfants, est particulièrement excellent ) et son cercle d'amis. Je ne résiste pas à l'envie de vous taper un passage, pris au hasard :
(Query : Have not the French sometimes a very strange way of expressing themselves ?)
E.M. Delafield a publié d'autres ouvrages qui feront sûrement partie de mon prochain panier : I Visit the Soviets, par exemple, est un journal de bord de sa visite de 6 mois en URSS en 1935 et Consequences, republié par Persephone (on ne se refait pas !) est un roman qui a déjà bonne place dans ma bibliothèque. La fille d'E.M. Delafield, R.M. Dashwood, qui apparaît sous le pseudo de Vicky dans les livres de sa mère, a également écrit un livre et apparemment il est tout aussi excellent que ce que je viens de lire. Il est très intelligement intitulé The Provincial Daughter. Je recommende vivement cette page dédiée à E.M. Delafield.

21:52 Publié dans Littérature & Adaptations Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Les commentaires sont fermés.