25.02.2008
"This IS Cranford"
L'inconvénient d'ouvrir un journal au beau milieu du mois de février, c'est que l'on est privé de la satisfaction d'être exhaustif : à défaut de poster mes impressions sur mes lectures de janvier (il y en a eu 20), je tiens tout de même à parler ici de ma lecture préférée du mois qui va s'achever. D'ici la fin de la semaine, je serai fin prête pour mars.

Commençons donc par Cranford, d'Elizabeth Gaskell. L'édition pour laquelle j'ai opté est une édition Omnibus rassemblant plusieurs textes : le texte de Cranford-même, mais aussi les textes courts Dr Harrison's Confession, My Lady Ludlow et The Cage at Cranford : tous quatre ont été pris pour base de la mini série de la BBC diffusée fin 2007 (un bijou, j'en reparlerai peut-être). Il s'agit-là de mes textes préférés de la romancière dont j'avais déjà lu Wives and Daughters (très bon) et North and South (déception). L'atmosphère et le point de vue adopté est ici radicalement différent : nous ne suivons pas les occupants d'une seule maisonnée au XIXème siècle mais un groupe bien plus large d'habitants d'une ville nommée Cranford qui se distingue en ce sens qu'il s'agit du dernier bastion d'une ville rurale attachée à des traditions victoriennes qui de-ci de-là tendent à disparaître au Royaume-Uni avec la Révolution Industrielle. Cranford, c'est une floppée d'amazones, de femmes fortes, courageuses, drôles, parfois ridicules mais auxquelles on s'attache parce qu'elles font des choix progressistes, dominent leurs peurs et ne campent pas leurs positions de façon têtue, s'adaptent tant bien que mal et surtout, s'entraident. L'humour est subtil, et l'on sent que Mrs Gaskell est très attachée à chacun de ses (nombreux) personnages. Dans la très bonne introduction à mon édition, Jenny Uglow (une spécialiste de l'oeuvre de l'auteur) nous explique qu'en 1854, dans une lettre adressée au critique littéraire John Forster et comprenant pléthore de potins, Elizabeth Gaskell écrivit :
L'humour de Cranford s'inscrit dans la plus pure tradition de la comédie de moeurs, mais la satire est ici chaleureuse, loin d'être cruelle. On s'en moque, certes, mais avec douceur, car on se rend bien compte que les qualités de cette communauté essentiellement féminine fait partie de ce qui fait la force et la particularité du Royaume-Uni. Le récit de Cranford est épisodique : la narratrice, Mary Smith nous conte des évènements qui se sont déroulés lorsqu'elle était en visite chez Miss Matty et Deborah Jenkins : sous sa plume, c'est bien sûr Mrs Gaskell qui nous dépeint les coups de théâtre, les micro révolutions, les décisions, les sourires de Cranford. Il s'agit, ni plus ni moins d'une excellente chronique. Le récit Dr Harrison's Confession s'attache lui à nous conter le récit d'un quiproquo lorsqu'arrive dans la ville Dr Harrison, jeune médecin célibataire fraîchement débarqué de Londres, qui fait fondre tous les coeurs et qui, par sa maladresse craquante (en fait sa gentillesse trop abondante dans un village de femmes où chaque geste d'un homme célibataire est une preuve d'affection) se retrouvera promis à quatre femmes différentes et en perdra presque celle qu'il aime. Lady Ludlow, quant à elle, est une aristocrate réactionnaire qui refuse toute éducation aux jeunes filles et aux plus démunis car " savoir lire n'est pas ce qu'un domestique doit savoir faire " : ses prises de position sont extrêmes et monnaie courante chez une aristocratie qui vient d'être le témoin des affres de la Terreur dans un pays voisin. C'est justement en se rappelant cette Terreur que Lady Ludlow raconte la fuite de France de plusieurs de ses amis aristocrates qui ne parviendront pas à Calais et y laisseront leurs vies. A aucun moment il n'est question des apports de la Révolution Française : le récit ne s'y prêtait sans doute pas, mais il est vrai que même s'il s'agit du point de vue d'une aristocrate sur le sujet, le fait est que la Révolution et ses causes n'ont pas été comprises des monarchies alentour : quand en France on se souvient bien de la légende dorée (qui a bien existé, le combat pour plus d'égalité et de droits pour tous), le Royaume-Uni, même aujourd'hui, se souvient surtout du régicide et de la chasse aux nobles qui très vite a terni des idéaux sur le point de se matérialiser. Il était intéressant d'avoir le point de vue partiel de Lady Ludlow et le récit de la fuite de Paris de deux de ses connaissances était très prenant, mais ce point m'a quelque peu alertée.
Lisez donc Cranford et ces textes courts d'Elizabeth Gaskell, c'est toute une époque qui se dessine et il me semble que cet Omnibus constituerait une excellente introduction à la Révolution Industrielle au Royaume-Uni et plus généralement à la transition qu'a constitué 1850. La mini série de la BBC, au casting exceptionnel est une perle du petit écran et est disponible en DVD zone 2 UK.

07:58 Publié dans Littérature & Adaptations Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Les commentaires sont fermés.