09.11.2008
Des choses que j'attends avec impatience

J'attendais avec impatience de pouvoir voir la nouvelle adaptation de Little Dorrit qu'a produit la BBC, avec pour scénariste Andrew Davies et un casting quatre étoiles de comédiens plus connus les uns que les autres. Malheureusement, après quatre épisodes, je dois me rendre à l'évidence : Little Dorrit n'est pas Bleak House, même si tout depuis le générique jusqu'à la photographie y ressemble grandement. Heureusement, tout n'est pas perdu puisqu'il me reste encore dix épisodes à suivre. Comment se consoler d'une déception télévisuelle ? En en attendant d'autres avec encore plus d'impatience, pardi.
Sarah Waters, l'un de mes écrivains fétiches (à laquelle j'ai consacré un billet sur ce blog), va publier son nouveau roman le 4 juin prochain : le titre est The Little Stranger et le résumé est intrigant :
In a dusty post-war summer in rural Warwickshire, a doctor is called to a patient at Hundreds Hall. Home to the Ayres family for over two centuries, the Georgian house, once grand and handsome, is now in decline, its masonry crumbling, its gardens choked with weeds, the clock in its stable yard permanently fixed at twenty to nine. But are the Ayreses haunted by something more sinister than a dying way of life? Little does Dr Faraday know how closely, and how terrifyingly, their story is about to become entwined with his. Prepare yourself. From this wonderful writer who continues to astonish us, now comes a chilling ghost story.
Le cinéma a fait de beaux paris ces temps-ci et beaucoup de films ont l'air très alléchant : Brideshead Revisited, adapté de l'un des romans les plus connus d'Evelyn Waugh, sortira en DVD zone 1 le 13 janvier prochain. La perle du casting est bien entendu la géniale Emma Thompson, même si pour ma part je prêterai particulièrement attention à la performance de Felicity Jones (Catherine Morland dans l'adaptation ITV de Northanger Abbey diffusée en 2007) qui joue Cordelia Flyte (qui n'a pas beaucoup de lignes dans le roman et encore moins de répliques à l'écran de ce que j'en ai lu). A ce propos, je conseille ce très bon site qui lui est dédié. Le roman ne m'a pas plu - je suis imperméable à toute forme de discours religieux - mais certaines choses étaient tout de même intéressantes (Waugh a une façon très particulière d'évoquer les années 20). Felicity jouera aussi dans une adaptation du roman de Colette Chéri aux côtés de Michelle Pfeiffer, projet qui m'intrigue grandement je dois dire.

The Duchess va bientôt arriver dans les salles françaises : la bande-annonce ne m'emballait vraiment pas mais j'ai beaucoup aimé Keira Knightley dans le peu que j'ai vu d'elle (Pride and Prejudice et Atonement de Joe Wright). Je viens de recevoir la biographie qu'a écrite Amanda Foreman de Georgiana Spencer et je suis somme toute curieuse de voir ce biopic. Les critiques des téléspectateurs américains sont élogieuses, et la bande originale signée Rachel Portman (qui a également composée celle de l'adaptation d'Emma avec Gwyneth Paltrow et Toni Colette ainsi que celle de Chocolat adapté du roman de Joanne Harris, cf fin de ce billet) n'est pas mal du tout. Il est évident que je me dois de mentionner Revolutionary Road, très attendu aussi bien par le public que par les critiques. Je suivrai attentivement les Oscars et croiserai les doigts pour l'une de mes actrices préférées, Kate Winslet. Le roman de Richard Yates m'a très agréablement surprise, il y a tant de vrai en si peu de pages... Carey Mulligan est une actrice que j'aime énormément et dont je suis la carrière avec beaucoup d'interêt. Elle s'est illustrée en interprétant, entre autres, les rôles de Kitty Bennet, Ada Clare et Isabella Thorpe. C'est en cherchant les projets auquels elle était associée que je suis tombée sur An Education, qui a le mérite d'avoir un scénario original signé Nick Hornby (dont je n'ai rien lu). On y retrouve beaucoup d'autres têtes connues : Emma Thompson de nouveau, mais aussi la géniale Sally Hawkins (Fingersmith, Tipping the Velvet, Persuasion, Vera Drake, plus récemment dans Happy-go-Lucky), Rosamund Pike (Jane Bennet dans l'adaptation de Joe Wright) et Olivia Williams (Jane Austen dans l'excellent Miss Austen Regrets).
A coming-of-age story about a teenage girl in 1960s suburban London, and how her life changes with the arrival of a playboy nearly twice her age.

Saoirse Ronan, dont la performance (qui lui a valu une nomination aux Oscars) sous les traits de Briony Tallis m'a coupé le souffle dans Atonement, interprètera le rôle de Susie Salmon dans l'adaptation très attendue de The Lovely Bones (dont la lecture m'a laissé de très beaux souvenirs). Dorian Gray a pour lui ce qui je pense sera un très beau rôle secondaire, celui de Sybil Vane, interprété par la jeune mais époustoufflante Rachel Hurd-Wood (qui a joué dans le Peter Pan de 2003 et dans Perfume aux côtés de Ben Whishaw qui joue Sebastian dans le Brideshead mentionné plus haut, tout est lié!) qui a été bien entourée puisqu'elle a pu travailler avec Emilia Fox qui a interprété, entre autres, le rôle de Sylvia dans la récente adaptation de Ballet Shoes dont j'ai parlé quelques billets plus bas.
Côté fantasy, Coraline et The Hobbit m'intéressent grandement. Pour moi, 2009 sera d'ailleurs placée sous le signe de la fantasy et de la science-fiction, j'en reparlerai.
Et puisque tout est lié, Emilia Fox qui joue dans Dorian Gray a joué dans Ballet Shoes avec Emma Watson qui elle-même a joué dans Harry Potter and the Prisoner of Azkaban avec Michael Gambon, qui lui-même a joué dans Cranford avec Imelda Staunton qui elle-même a joué dans Fingersmith avec Sally Hawkins qui elle-même joue dans An Education avec Emma Thompson qui elle-même a joué dans Brideshead Revisited avec Ben Whishaw qui lui-même a joué dans Perfume avec Rachel Hurd-Wood qui elle-même joue dans Dorian Gray avec Emilia Fox. Et on retombe sur nos pieds. Qui a dit que tous les britanniques se connaissaient ?
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05.10.2008
"Run mad as often as you chuse, but do not faint"

"It is probable that if Miss Cassandra Austen had had her way we should have had nothing of Jane Austen’s except her novels. To her elder sister alone did she write freely; to her alone she confided her hopes and, if rumour is true, the one great disappointment of her life; but when Miss Cassandra Austen grew old, and the growth of her sister’s fame made her suspect that a time might come when strangers would pry and scholars speculate, she burnt, at great cost to herself, every letter that could gratify their curiosity, and spared only what she judged too trivial to be of interest.
Hence our knowledge of Jane Austen is derived from a little gossip, a few letters, and her books. As for the gossip, gossip which has survived its day is never despicable; with a little rearrangement it suits our purpose admirably. For example, Jane “is not at all pretty and very prim, unlike a girl of twelve . . . Jane is whimsical and affected,” says little Philadelphia Austen of her cousin. Then we have Mrs. Mitford, who knew the Austens as girls and thought Jane “the prettiest, silliest, most affected husband-hunting butterfly she ever remembers “. Next, there is Miss Mitford’s anonymous friend “who visits her now [and] says that she has stiffened into the most perpendicular, precise, taciturn piece of ‘single blessedness’ that ever existed, and that, until Pride and Prejudice showed what a precious gem was hidden in that unbending case, she was no more regarded in society than a poker or firescreen. . . . The case is very different now”, the good lady goes on; “she is still a poker—but a poker of whom everybody is afraid. . . . A wit, a delineator of character, who does not talk is terrific indeed!” On the other side, of course, there are the Austens, a race little given to panegyric of themselves, but nevertheless, they say, her brothers “were very fond and very proud of her. They were attached to her by her talents, her virtues, and her engaging manners, and each loved afterwards to fancy a resemblance in some niece or daughter of his own to the dear sister Jane, whose perfect equal they yet never expected to see.” Charming but perpendicular, loved at home but feared by strangers, biting of tongue but tender of heart—these contrasts are by no means incompatible, and when we turn to the novels we shall find ourselves stumbling there too over the same complexities in the writer.
To begin with, that prim little girl whom Philadelphia found so unlike a child of twelve, whimsical and affected, was soon to be the authoress of an astonishing and unchildish story, Love and Freindship, which, incredible though it appears, was written at the age of fifteen. It was written, apparently, to amuse the schoolroom; one of the stories in the same book is dedicated with mock solemnity to her brother; another is neatly illustrated with water-colour heads by her sister. These are jokes which, one feels, were family property; thrusts of satire, which went home because all little Austens made mock in common of fine ladies who “sighed and fainted on the sofa”.
Brothers and sisters must have laughed when Jane read out loud her last hit at the vices which they all abhorred. “I die a martyr to my grief for the loss of Augustus. One fatal swoon has cost me my life. Beware of Swoons, Dear Laura. . . . Run mad as often as you chuse, but do not faint. . . .” And on she rushed, as fast as she could write and quicker than she could spell, to tell the incredible adventures of Laura and Sophia, of Philander and Gustavus, of the gentleman who drove a coach between Edinburgh and Stirling every other day, of the theft of the fortune that was kept in the table drawer, of the starving mothers and the sons who acted Macbeth. Undoubtedly, the story must have roused the schoolroom to uproarious laughter. And yet, nothing is more obvious than that this girl of fifteen, sitting in her private corner of the common parlour, was writing not to draw a laugh from brother and sisters, and not for home consumption. She was writing for everybody, for nobody, for our age, for her own; in other words, even at that early age Jane Austen was writing. One hears it in the rhythm and shapeliness and severity of the sentences. “She was nothing more than a mere good-tempered, civil, and obliging young woman; as such we could scarcely dislike her—she was only an object of contempt.” Such a sentence is meant to outlast the Christmas holidays. Spirited, easy, full of fun, verging with freedom upon sheer nonsense,—Love and Freindship is all that; but what is this note which never merges in the rest, which sounds distinctly and penetratingly all through the volume? It is the sound of laughter. The girl of fifteen is laughing, in her corner, at the world."
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20.09.2008
"Nobody can say it's because of our grandfathers"

En décembre 2007 fut diffusée une très jolie adaptation de Ballet Shoes (BBC, disponible en zone 2 UK), un livre pour enfants écrit par Noel Streatfeild et publié en 1936. Ce classique de la littérature jeunesse est un bijou qui m'a permis de découvrir une plume incroyable. Avec 23 romans pour enfants à son actif et 16 pour adultes, l'auteur fut très prolifique jusque dans les années 70 mais est aujourd'hui complètement oubliée. Ses histoires sont dénuées de tout sentimentalisme : les personnages de ses livres pour enfants ont un don artistique ou en manquent mais veulent réussir et ont besoin de réussir car il leur faut gagner de l'argent pour aider leurs tuteurs. C'est le cas des soeurs Fossil dans Ballet Shoes, mais aussi de Sorel, Mark et Holly dans Curtain Up, ou encore de Rachel et Hilary dans Wintle's Wonders. Les restrictions budgétaires imposées par la Seconde Guerre mondiale sont décrites au travers de froissements de tutus, d'enfants qui récitent leur texte, d'auditions pour décrocher un rôle et pouvoir s'acheter une robe correcte. C'est peut-être les portraits de famille que Noel Streatfeild brosse qui sont l'aspect le plus intéressant de son oeuvre : sans paraître se rendre compte de cette micro révolution, elle dépeint en 1936 celui d'une famille qui en est une non parce qu'elle est conventionnelle (les soeurs Fossil sont toutes abandonnées par leurs parents mais ne semblent pas affectées), mais parce qu'elle est faite d'affinités et de tendresse mutuelle (une famille n'a rien à voir avec quelques chromosomes en commun). Epatant. Il est intéressant de remarquer que l'adaptation est en ce point très conservatrice : en 2007, il faut encore un mariage final (complètement absent du bouquin) pour reconstituer le schéma familial traditionnel. La minutie de ses descriptions ayant trait au monde du spectacle sont parmi les meilleures, sinon les meilleures que j'ai pu lire. Les personnages des romans de Noel ne sont pas tous attachants : après tout, il s'agit d'enfants. Si leur langage est polissé, ils sont parfois cruels entre eux mais ce qui fait qu'on s'y attache malgré tout c'est la proximité désarmante avec laquelle Noel Streatfeild aborde son sujet. C'est peut-être encore plus vrai dans son roman pour adultes Saplings publié en 1945 et republié chez la délicieuse maison d'édition Persephone (son seul roman pour adultes encore publié aujourd'hui). Noel y décrit le quotidien d'une famille banale : la psychologie des personnages est très fouillée et captivante, autant celle des enfants que celles des adultes. Puis, un jour, le père de famille meurt loin au combat. Mais tout doit continuer, malgré le sentiment d'abandon que tout le monde ressent. Les sentiments de Tony, avant le cataclysme, qui a douze ans lorsqu'il les exprime :
Wars, and all that were attached to them, were passing inconveniences, but they did not change the pulse of his world.

Les adultes sont dépeints avec une telle justesse et le rôle des femmes ne se limite en rien au sourire des affiches encourageant les troupes : elles ont une sexualité, prennent l'initiative, essaient de faire joindre les deux bouts sans se préoccuper d'être assez bien pour d'autres personnages. Une fois encore, il est demandé beaucoup des enfants : chacun a son rôle à tenir, un rôle d'autant plus important que les adultes sont désarçonnés par la guerre et ses privations humaines et matérielles. L'école reprend, et les crises triviales (ne pas avoir le même uniforme que les autres parce que la valise a été faite dans la précipitation) prennent des proportions extrêmes. Le monde de Noel peut être résumé, somme toute, par ces mots de Saplings :
We're at war, and everybody, even children, must do their bit.
Je conseille vivement ce site dédié à l'auteur, ainsi que ce forum qui regorge de discussions de passionnés.
17:23 Publié dans Littérature & Adaptations Littéraires | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note