22.03.2008
As Worthy a Detective as Columbo
Quel est le point commun entre Jane Austen et Miss Marple ? A priori, pas grand chose, sauf si notre Jane est remaniée à la sauce roman policier à l'aide d'une plume sensationnelle, celle de Stephanie Barron. Je n'ai lu que deux romans de la série Jane Austen Mysteries et je suis impatiente de lire les autres.

Il s'agit d'une série de livres admirable, mettant en scène une Jane Austen revue et corrigée qui vit une vraie vie de détective. L'attrait réside dans les détails biographiques parfaitement maîtrisés par l'auteur et le style d'écriture qui ressemble à se méprendre à ce que Jane pourrait écrire. Les intrigues sont palpitantes, réalistes, les personnages nous semblent familiers. Stephanie Barron a vraiment su s'imprégner de l'atmosphère et de l'époque à laquelle furent écrits les romans de Jane pour nous transporter dans une toute autre dimension, celle décrite dans des études telles Jane Austen and Crime de Susannah Fullerton ( paru chez Jones Books en avril 2006 ) dans lesquelles on s'attache à décoder le subtext, à réunir, en somme, ce qu'il y a de très terre-à-terre, trivial voire effrayant dans les romans de Jane. Que la richesse de familles entières repose sur une économie esclavagiste n'a rien de douillet. Qu'un père meurre laissant son épouse et ses filles sans le sou non plus. On arrive sans mal à imaginer que l'entourage de Jane fasse lui aussi belle proie du côté bien plus malsain du XIXème. Un crime a été commis, Jane enquête. Les scénarii semblent répétitifs mais il n'en est rien : comme je le disais, l'auteur ne trahit en rien la biographie de Jane et la fait évoluer au gré des années dans des villes nouvelles ( le second roman nous emmène à Bath ), on rencontre Cassandra, le Reverend Austen, Jane s'attelle à l'écriture des Watsons tout en rédigeant son journal intime, témoin de ses découvertes macabres, de sa pêche aux indices, de ses interrogatoires, de ses doutes, de ses peurs. C'est un joli travail que l'auteur a réalisé sur cette série. Je ne peux également qu'applaudir l'illustrateur des couvertures des livres format poche : elles sont particulièrement bien trouvées. Je n'ai jamais réellement apprécié les romans policiers mais cette série m'a réellement beaucoup plu car elle est décidemment très soignée sur tous les plans.
08:51 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
02.03.2008
Our Vicar's Wife Says...
La collection Virago Modern Classics qui paraît chez l'excellente maison d'édition Virago publie de petits trésors destinés à redéfinir la notion de classique en y incorporant des écrivains, femmes, du début du 20ème et de la fin du 19ème, qui toutes s'attachent, de par l'acte-même d'écriture, à étudier le rôle de la femme dans la société, à comprendre la relation que les femmes entretiennent avec le monde qui les entoure. Janvier a été un bon cru puisque j'ai pu découvrir Charlotte Gilman, Kate Chopin, Elizabeth von Arnim, Edith Wharton et Elizabeth Taylor.
E.M. Delafield, de son vrai nom Edmée Elizabeth Monica de la Pasture, en plus d'être journaliste (elle fut l'une des premières à visiter les camps de concentration après la Seconde Guerre mondiale) fut une romancière à succès et publia de nombreux recueils de nouvelles. Au tout début des années 30, la rédactrice en chef du journal féministe Time and Tide, Lady Rhondda (qui, tout comme son journal, afficha des idées de plus en plus conservatrices au fil des années) lui demanda d'écrire une série de textes qu'elle publierait. Le résultat ne se fit pas attendre : Diary of a Provincial Lady fut couronné de succès et fut suivi, en 1932, de The Provincial Lady Goes Further. En 1933, elle publia dans le journal humoristique Punch The Provincial Lady in America, et en 1940 écrivit The Provincial Lady in Wartime. Ces livres courts, à l'humour sans faille, se sont arrachés ( et s'arrachent encore, The Diary of a Provincial Lady n'ayant jusque ici jamais été épuisé ) par tous, jusqu'au Premier Ministre britannique Harold MacMillan qui écrivit personnellement à l'auteur pour l'encourager à publier une suite.

Je me suis récemment procuré cet mmnibus rassemblant tous ces journaux intimes et je viens de passer des heures délicieuses à les savourer : l'humour est réellement décapant, très anglais. La narratrice, qui a pour modèle l'auteur elle-même commente ce qui l'entoure avec tant d'ironie qu'on ne peut lire tous les livres les uns après les autres : une page me prenait un temps fou à finir puisque je passais mon temps à éclater de rire. C'est caustique, pince-sans-rire, terriblement attachant. Le style d'E.M. Delafield peut être comparé à celui de Grossmith, auteur de Diary of a Nobody, ou encore à celui de Nancy Mitford ou de P.G. Wodehouse. Ce qui est dépeint est le quotidien conformiste d'une femme de la bonne société anglaise, au mari toujours endormi derrière le Times, qui gère tant bien que mal ses domestiques ( le portrait de Mademoiselle, la gouvernante française des enfants, est particulièrement excellent ) et son cercle d'amis. Je ne résiste pas à l'envie de vous taper un passage, pris au hasard :
(Query : Have not the French sometimes a very strange way of expressing themselves ?)
E.M. Delafield a publié d'autres ouvrages qui feront sûrement partie de mon prochain panier : I Visit the Soviets, par exemple, est un journal de bord de sa visite de 6 mois en URSS en 1935 et Consequences, republié par Persephone (on ne se refait pas !) est un roman qui a déjà bonne place dans ma bibliothèque. La fille d'E.M. Delafield, R.M. Dashwood, qui apparaît sous le pseudo de Vicky dans les livres de sa mère, a également écrit un livre et apparemment il est tout aussi excellent que ce que je viens de lire. Il est très justement intitulé The Provincial Daughter. Je recommende vivement cette page dédiée à E.M. Delafield.

21:52 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
25.02.2008
Fragonard
On y trouvera notamment les reproductions suivantes :


Huile sur toile, 81x 64, vers 1767, Wallace Collection, Londres, Royaume-Uni

Heureusement que les expositions de ses peintures (et de ses dessins, au Louvre) sont fréquentes à Paris : ça en ferait des voyages ! Je recommende vivement de lire les quelques critiques de tableaux de Fragonard mises en ligne par le Musée Critique de la Sorbonne : elles sont gratuites et éclairantes sur bien des points.
09:12 Publié dans Arts Visuels | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
